Du 18 au 24 novembre 2022, c’est la Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques.
Cette campagne de sensibilisation, promue par l’Organisation Mondiale de la Santé, vise à faire connaître les enjeux liés au phénomène de résistance aux antibiotiques et les meilleures pratiques de prescription et consommation de ces médicaments.
Qu’est-ce que la résistance aux antibiotiques, appelés aussi antimicrobiens ?
Ce phénomène se développe lorsque des bactéries, à l’origine de certaines infections et maladies, se transforment et développent des mécanismes de défense qui diminuent ou annulent les effets des médicaments conçus pour les combattre.
Cette résistance aux médicaments antibiotiques peut avoir des conséquences multiples et graves:
- des maladies plus longues et plus difficiles à soigner ;
- des complications de la maladie ;
- une utilisation de médicaments plus puissants et plus chers pour arriver à soigner ;
- des risques plus élevés lors d’interventions chirurgicales, pour lesquelles les antibiotiques sont indispensables pour réduire les risques d’infection ;
- des décès causés par des infections bactériennes graves.
Pourquoi l’antibiorésistance est-elle si grave ?
L’antibiorésistance est un problème grave de santé publique, elle progresse extrêmement rapidement partout dans le monde depuis les années 2000. En 2015, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tirait le signal d’alarme face à l’utilisation abusive et excessive des antimicrobiens dans la médecine humaine et la production alimentaire, conduisant à une multirésistance bactérienne.
« Si nous n’agissons pas immédiatement et de façon coordonnée à l’échelle mondiale, nous nous dirigerons vers une ère post-antibiotique où des infections courantes pourraient être à nouveau meurtrières. » Dr Margaret CHAN, directrice générale de l’OMS.
La résistance bactérienne aux antibiotiques pourrait ainsi devenir l’une des principales causes de mortalité dans le monde d’ici à 2050.
Limiter l’antibiorésistance requiert donc une prévention active axée sur le bon usage des antibiotiques, l’hygiène des mains et la prévention des infections. Dans ce cadre, le prescripteur, le laboratoire de biologie médicale et les patients ont un rôle essentiel à jouer.
Que faire pour améliorer le bon usage des antibiotiques ?
Les prescripteurs : prescrire les antibiotiques au bon moment, pour le bon patient, à la bonne dose et par la bonne voie et se poser les bonnes questions avant de prescrire telles que :
- Le patient en a-t-il besoin ?
- Quel antibiotique choisir en 1ère intention ?
- Est-il adapté ?
- Pour combien de temps faut-il le prendre et à quelle dose ?
Et face à une infection d’origine virale ou en présence d’un micro-organisme sans signe clinique, la prescription d’antibiotique n’est pas indiquée médicalement.
Les laboratoires de biologie médicale participent activement à la lutte contre l’antibiorésistance :
- Ils réalisent les prélèvements adaptés.
- Ils donnent l’alerte au prescripteur ou à l’établissement de soins en cas de germe résistant.
- Ils apportent le conseil nécessaire à la prescription d’une antibiothérapie adéquate.
- Ils informent le patient sur les précautions à respecter afin d’éviter la dissémination d’un germe / microbe résistant.
A savoir : qu’est-ce qu’un antibiogramme ?
L’antibiogramme est un examen de laboratoire permettant d’évaluer la sensibilité d’une bactérie pathogène aux antibiotiques.
En biologie médicale, les bactéries testées sont isolées et identifiées à partir de prélèvements d’échantillons biologiques. L’exemple le plus fréquent est une bactérie isolée par un examen cyto-bactériologique des urines (ECBU)
Nouvelles significations des résultats de l’antibiogramme
En août 2018, l’EUCAST – European Committee on Antimicrobial Susceptibility Testing – a redéfini la signification des résultats des antibiogrammes exprimés habituellement par les 3 lettres « S » « I » et « R ». Désormais, l’interprétation de la sensibilité des bactéries aux antibiotiques est directement reliée aux posologies et aux niveaux d’exposition à l’antibiotique de la bactérie au sein du site infectieux.
Le Comité de l’antibiogramme de la Société Française de Microbiologie (CA-SFM) a publié ces nouvelles façons de rapporter les antibiogrammes, dans ses recommandations de janvier 2019 en les confirmant en avril 2020 et avril 2021, laissant les délais nécessaires aux développements techniques et informatiques afférents.
Les 3 lettres « S » « I » et « R » subsistent et leurs définitions deviennent :
« S » pour bactérie SENSIBLE à la posologie standard de l’antibiotique :
- La bactérie est dite sensible lorsqu’il y a une probabilité élevée de succès thérapeutique.
- La posologie usuelle, en dose et fréquence de prise, de l’antibiotique nécessaire pour tuer la bactérie est administrable chez l’homme.
« I » pour bactérie SENSIBLE à forte dose de l’antibiotique,c’est-à-dire sensible à forte exposition (SFE) ou à forte posologie de l’antibiotique:
- La probabilité de succès thérapeutique est élevée lorsque que l’exposition à l’antibiotique est augmentée, la posologie nécessairepour tuer la bactérie restant administrable chez l’homme.
- L’exposition à l’antibiotique est augmentée, soit en augmentant la dose d’antibiotique, soit si l’antibiotique est fortement concentré au site infectieux :
- La dose totale d’antibiotiquepeut être augmentée en administrant des doses individuelles plus importantes à chaque prise et/ou en augmentant le nombre de prises (c’est-à-dire en raccourcissant l’intervalle entre les prises).
- L’exposition à l’antibiotiquepeut être également augmentée en modifiant le mode d’administration : remplacement de la prise orale par une administration en intraveineuse (IV) ou en perfusion courte, prolongée ou continue.
- La forte exposition à l’antibiotique peut également résulter des propriétés pharmacocinétiques de l’antibiotique favorisant sa concentration spécifique et spontanément élevée au site infectieux.
Exemple : dans le cadre des infections urinaires (cystites) non compliquées, les antibiotiques catégorisés « I – Sensible à forte dose » à élimination urinaire prédominante (donc fortement concentrés au sein du site infectieux) peuvent être utilisés à dose standard et non à forte dose.
« R » pour bactérie RÉSISTANTE à l’antibiotique :
- La bactérie est dite résistante lorsqu’il y a une forte probabilité d’échec thérapeutique même en cas de forte exposition à l’antibiotique.
Les patients : adopter les bons gestes pour préserver l’efficacité des antibiotiques
Respecter la prescription : dose, durée, fréquence, et heures de prise du traitement.
Ne pas arrêter pas un traitement avant la fin, même si l’état de santé s’améliore.
Ne pas prendre d’antibiotiques sans ordonnance ni réutiliser des antibiotiques entamés ou non utilisés sans avis médical, même si les symptômes semblent les mêmes.
Signaler tout effet indésirable survenu pendant le traitement à son pharmacien, médecin ou directement sur le site signalement-sante.gouv.fr .
Rapporter au pharmacien toutes les boîtes entamées ou non utilisées pour que les antibiotiques soient détruits correctement et qu’ils ne polluent pas l’environnement.
Chacun peut agir pour que les antibiotiques continuent à sauver des vies.
SOYONS CONCERNÉS, SOYONS RESPONSABLES !
Source : solidarites-sante.gouv.fr
Pour en savoir plus :
Téléchargez le PDF : la_resistance_des_bacteries_aux_antibiotiques.pdf
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/antibiotic-resistance
Santé Publique France :
Dossier « Résistance aux anti-infectieux »
Prévention: Antibio’Malin
EUCAST – European Committee on Antimicrobial Susceptibility Testing
Comité de l’antibiogramme de la Société Française de Microbiologie (CA-SFM)
Recommandations 2021 – V1.0 Avril 2021


